
LES COUPIENNE ET LES PELTZER
Les Coupienne : descendants de huguenots fugitifs devenus catholiques ?
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Jean-Baptiste Coupienne Stadtarchiv Mülheim |
Jean-Baptiste est né en 1768 à Dinant (principauté de Liège), fils cadet de Nicola Jean et Ernestine Coupienne, née Coligny selon l'historien Thomas Urban - peut-être parente de l'amiral Gaspard de Coligny (1519-1572) massacré comme plus de 2000 réformés la nuit de la St Barthélemy, le 22 août 1572, à Paris et ailleurs. Certains généalogistes, mais ils se copient/collent beaucoup, la baptisent "Colignon" et voient dans "Coupienne" un ancien "Copienne". Jean-Baptiste, son frère et ses deux soeurs grandirent dans un milieu aisé. Selon l'historien, la famille Coupienne, d'origine française et dont le nom était alors Compien de Chalay (couronne de noblesse à côté de l'épée et du lion dans les armoiries), disposait aux 17e et 18e siècles d'une fortune considérable que lui avait valu principalement la possession d'une mine d'ardoise dans les Ardennes.
Dinant, vers 1770Mülheim : au sud de la Ruhr, le premier bassin industriel d'Europe de l'Ouest
Les Peltzer : calvinistes, juristes et réformateurs
La rencontre avec la famille Peltzer (protestante), chez qui Jean-Baptiste Coupienne (catholique) "trouva refuge" (selon l'historien TU, qui n'explique pas pourquoi), allait déterminer de manière décisive la suite de sa vie. Cette prolifique famille est assez importante sous bien des aspects pour que l'historien Hermann Friedrich Macco ait écrit une "Histoire et généalogie de la famille Peltzer" (en ligne et en allemand). Voir un résumé ici.
En octobre 1800, après environ cinq ans de relations avec la famille de Johann Heinrich et Sibilla Peltzer, Jean-Baptiste épouse leur seule fille, Caroline, benjamine d'une fratrie de trois. La petite-fille de son aîné, Johann Heinrich, Anna Margaretha Peltzer, épousera Clemens August Thyssen et sera la mère de l'industriel et collectionneur d'art (premier baron Thyssen), Heinrich Thyssen.
Les Peltzer étaient les riches propriétaires d'une tannerie. Le grand-père paternel de Caroline, Johann Nikolaus (1705-1772), transformait les peaux d'animaux en cuir à l'aide d'écorce de chêne finement broyée. Le liquide de tannage faisait passer la peau du rouge au brun, d'où le nom "Rotgerber" (tanneur rouge). On en voit un au travail sur l'image. Cet artisanat était parmi les plus lucratifs.
Le fils de Johann Nikolaus, le beau-père de Jean-Baptiste, faisait partie depuis la fin du 18e siècle, avec le tanneur Rühl, des premiers Freimeister* de Mülheim. Après avoir franchi les barrières étroites de la corporation, Johann Heinrich s'était lui aussi installé au Rumbach.
* "Freimeister" désigne, du Moyen Âge au XVIIIe siècle, un maître non soumis à une guilde, corporation ou association professionnelle, formé généralement autodidactiquement ou par un autre maître libre. Les corporations étaient en principe opposées aux Freimeister, car elles y voyaient une concurrence indésirable. Les maîtres libres ne bénéficiaient pas de certains droits accordés aux membres des corporations, tels que la formation d'apprentis.
Jean-Baptiste Coupienne établit rapidement sa propre tannerie sur le cours inférieur du Rumbach, dans l'actuelle Schollenstraße. Situé sur la rive droite de la Ruhr, ce cours d'eau à l'eau claire, à basse température et au débit rapide, offre aux tanneurs des conditions de production idéales et devient ainsi, avec le Bruchbach, le Bühlsbach et le Speldorfer Bach, un site important pour les plus anciennes tanneries de Mülheim.
Le tannage selon le "procédé liégeois"
Originaire des Ardennes aux forêts de chênes, Jean-Baptiste Coupienne détenait déjà quelque savoir quant au tannage. Il semble s'être familiarisé dès l'enfance avec les procédés avancés de l'industrie du cuir dans la principauté de Liège et en France, qui avait de loin la plus grande densité de tanneries en Europe. En France, aux XVIIe et XVIIIe siècles, sous l'influence de la politique commerciale, de nombreuses manufactures avaient notamment été créées pour satisfaire les besoins en cuir de l'armée permanente. Outre le tannage rapide à l'acide sulfurique et aux extraits de tanin que fit connaître le français Armand Séguin en 1794, d'innombrables innovations techniques rendirent possible la fabrication et le traitement industriels du cuir.

Tout porte à croire que Jean-Baptiste Coupienne tannait ses cuirs à Mülheim an der Ruhr sur la base du "procédé liégeois". Après tout, le cuir belge fabriqué dans son pays était très apprécié en Belgique et à l'étranger pour sa bonne qualité. Ce processus ne différait des autres méthodes de tannage de la peau de chamois que par des détails. Pour simplifier, l'opération consistait à faire tremper les peaux dans une rivière ou un bassin d'eau, traitement suivi par la "transpiration" (par exemple avec de la vapeur d'eau), puis le retrait des poils et le gonflement, le tannage, la transformation en cuir avec les tanins et enfin le séchage.
On ne sait rien des dimensions de la tannerie fondée par Jean-Baptiste Coupienne ; même la chronique familiale des années 1920, écrite en 1921 par son arrière-petit-fils, Ernst Coupienne, et parue en 1985, est muette à ce sujet. Les débuts de l'industrie du cuir à Mülheim an der Ruhr furent en tout cas plutôt modestes. En 1810, il n'y avait que cinq tanneries employant douze ouvriers, qui traitaient environ 2 000 peaux de veau et 400 peaux pour une valeur de 5 600 thalers. Sur les 35 manufactures de cuir recensées en Rhénanie entre 1750 et 1833, aucune n'était installée à Mülheim.
Les artisans tanneurs
L'entreprise de Jean-Baptiste Coupienne, comme la plupart des tanneries de peaux de cette époque, n'est en réalité qu'un atelier de fabrication du cuir composé probablement d'un "atelier à eau" pour le nettoyage et le trempage des peaux et d'annexes pour le séchage des peaux tannées et le stockage des déchets de viande et de peau. Seules les manufactures disposaient à l'époque de leur propre moulin à broyer, le tan. Le tannage se faisait dans des fosses remplies de poudre de tan ; le tannage dans des tonneaux rotatifs, qui représentait une énorme économie de temps de tannage, de travail manuel et d'écorce de chêne (riche en tanin), n'a pu s'imposer sur le sol allemand que dans la deuxième moitié du 19e siècle.
Le domicile et le lieu de travail du tanneur étaient déjà séparés ; le propriétaire effectuait souvent avec ses compagnons les travaux physiquement lourds et nocifs pour la santé ; il n'y avait pas encore de répartition du travail au sein de l'entreprise artisanale. Le tanneur achetait la matière première aux paysans ou au boucher local et vendait le produit fabriqué aux cordonniers des environs ; on produisait pour les besoins locaux.
De la liberté du commerce à l'essor en passant par la franc-maçonnerie
L'intensification de la navigation sur la Ruhr, marquée au début du XIXe siècle par Mathias Stinnes (1790-1845), navigateur, négociant en charbon et fondateur d'une dynastie d'entrepreneurs, s'accompagna d'une liberté croissante du commerce et de l'industrie. La ville nouvellement fondée de Mülheim an der Ruhr connut des changements progressifs avant 1815, sous la domination napoléonienne. Un commerce international intense de peaux et de cuirs se développa avec la Hollande et la Belgique. Après la suppression des barrières douanières gênantes par la loi douanière prussienne de 1818 et la fondation de l'Union douanière allemande en 1834, les conditions de vente s'améliorèrent encore nettement dans l'espace économique élargi. De plus, les besoins - navigation de halage, exploitation minière et industrie du transport - en cuir de harnais et de brides pour les chevaux utilisés dans ces secteurs augmentaient. Les descendants de Jean-Baptiste allaient également profiter du succès du cuir de vachette, qui devint l'article principal et spécial par excellence de Mülheim. Les tanneurs comptaient déjà au Moyen-Âge parmi les artisans les plus riches et les plus respectés, qui occupaient en outre des postes importants au sein des conseils municipaux.
Il n'en fut pas autrement pour l'immigrant belge Jean-Baptiste Coupienne au début du XIXe siècle ; il semble avoir rapidement pris pied dans les familles notables de Mülheim, et pas seulement grâce à son mariage avec la fille de Peltzer, comme l'écrit l'historienne Ilse Barleben. Le 5 février 1808, il est nommé conseiller municipal de la ville nouvelle de Mülheim an der Ruhr, sous domination française. Il fait ainsi partie de l'organe consultatif de vingt membres créé par l'ordonnance d'octobre 1807 pour l'administration municipale, promulguée par le grand-duc Joachim Murat, beau-frère de Napoléon. Le 1er octobre 1813, Jean-Baptiste est promu au poste de deuxième adjoint de la ville suite à un décret de Napoléon.
En plus de ses mandats municipaux, ce libre-penseur, qui se revendique comme tel malgré sa foi catholique, appartient depuis 1812 - tout comme le fabricant de textiles de Mülheim Johann Caspar Troost - à la "Loge Saint-Jean à Saint-Joachim d'Orient" de Düsseldorf, fondée en 1806 en l'honneur de Murat et composée en grande partie d'Allemands ainsi que de fonctionnaires et d'officiers français. En 1820, Coupienne rejoint finalement la loge "Zur deutschen Burg" (vers la forteresse allemande) nouvellement créée à Duisbourg. On ne sait pas quelles fonctions il y a occupées. Les doubles affiliations aux loges maçonniques d'une région n'avaient rien d'inhabituel ; de nombreux artisans et commerçants nouaient de cette manière de nouvelles relations d'affaires et commerciales. Nul doute que Jean-Baptiste sut tirer profit de ces liens.
Du mariage de catholique Jean-Baptiste (Johann Baptist) avec la protestante Carolina Peltzer (1777-1853) naquirent six enfants, dont trois fils - Christian Gilbert (1801-1876), Heinrich (1810-1889) et Ernst Jean (1818-1868) - qui furent élevés dans la religion catholique, et trois filles - Katharina (1805-1857), Louise (1812-1900) et Ernestine (1813-1865) - qui furent élevées dans la religion protestante. Parité parfaite !
La peau de chamois Coupienne était de plus en plus répandue et prisée, et pas seulement aux foires de Francfort-sur-le-Main et de Leipzig. Toutefois, en raison de ses fonctions de député du parti progressiste au parlement prussien et de président de la chambre de commerce de Mülheim pendant de nombreuses années, Christian Coupienne, célibataire et sans enfants, ne s'occupa guère de son entreprise après les années 1850. Bien avant qu'il ne se retire en 1871, l'ancienne tannerie de la Schollenstraße tombait en ruine et fut démolie peu après sa mort.
L'union du cuir et du tabac
L'utilisation de la "refendeuse"*
On ne pourra toutefois parler d'industrie du cuir pour Mülheim an der Ruhr qu'à partir des années 1880, après la cession de la tannerie aux fils d'Heinrich, Eugen (1843-1907) et Jean-Baptiste (1847-1892) au début des années 1870. Dans ce contexte, l'utilisation de la refendeuse fut considérée comme une étape importante : à l'aide de cette machine, le tanneur était désormais en mesure de refendre plusieurs fois horizontalement les peaux à traiter et d'augmenter ainsi sa quantité de matière première. Au début des années 1880, Coupienne et Lindgens à Mülheim an der Ruhr ont mis en service les premières machines à refendre à couteau en forme de ruban dans l'Empire allemand, permettant aux deux usines d'acquérir un avantage concurrentiel considérable. Par la suite, d'autres machines ont été intégrées dans le processus de production de l'industrie du cuir, notamment pour le pliage des peaux.
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| L'industrie du cuir - Stadtarchiv Mülheim an der Ruhr |
* La refendeuse est munie d'un couteau en forme de ruban tournant sur deux volants ; un système permet de maintenir le couteau constamment aiguisé et de contrôler l'épaisseur de la coupe. La pièce de cuir est introduite dans la machine et passe sous la lame, qui la coupe dans son épaisseur de manière uniforme et régulière.
On sait peu de choses sur les éventuelles appartenances de Heinrich Coupienne à des associations ou des loges à Mülheim an der Ruhr. Comme entrepreneur, il appartenait au moins à la société civile "Casino", fondée par le maire Carl Weuste en 1842, c'est-à-dire l'année même où la ville se dotait d'un nouvel hôtel de ville, du Kettenbrücke et d'une caisse d'épargne, et où les habitants les plus aisés de Mülheim se rencontraient pour échanger leurs idées.
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| Villa Eugen Coupienne |
La petite fille aux yeux sombres et aux cheveux noirs
Je me souviens de cette toile dans le salon du 60 rue Condorcet, près du quart de queue Pleyel (tous deux sont allés à Caen quand Charles, Marguerite et Denise André se sont installés dans un appartement plus petit, rue Stevens). On me disait que la petite fille était la mère de Grand-Papa (Charles Eugène André, 1876-1965) et j'avais du mal à l'imaginer, je devais avoir à peu près l'âge de la petite fille et Grand-Papa pour moi était sans âge ou figé au même âge pour l'éternité. La petite fille s'appelait Gertraud Amalia Katharina Henriette et on me disait qu'elle était morte quand Grand-Papa était petit (il allait avoir 7 ans) si bien que je finissais par voir sur le visage de la petite fille les stigmates d'un malheur anticipé.
Née à Mülheim an der Ruhr en 1849 et morte à Paris 34 ans plus tard, mon arrière-grand-mère était le dernier enfant de Adelina Amalia von Eicken (1811-1878), troisième génération de la dynastie du tabac, et de Franz Heinrich Coupienne (1810-1889). Gertraud épousa Wilhelm Ferdinand (Guillaume Ferdinand) André en 1871.
* Biographie par Hermann Brinckmeyer en ligne et en anglais.
Après avoir mis au monde Charles, Gertraud avait eu deux filles. Cornélie, dont sa nièce Denise André (dite "tante Deuse") se plaisait à raconter les bêtises ou les "malheurs" en clin d'oeil à Sophie et dont le prénom me faisait penser à Babar, à cause de Cornélius, et puis Gertrude. La naissance de ce dernier enfant priva de mère les cinq autres. Gertrude elle-même mourut un peu avant d'avoir atteint l'âge de la petite fille du tableau, sa maman. Il me fallut, dans mon enfance, craindre terriblement et même imaginer la mort de ma mère pour comprendre la mélancolie que je percevais chez mon grand-père. Adeline (elle me donna son magnifique dé en or, ses initiales gravées étant aussi les miennes) et Henri, les aînés de Charles, étaient nés en Allemagne, mais lui naquit à Paris. Gertraud leur parlait naturellement l'allemand qui était aussi la langue maternelle de la femme que Charles épouserait. Orpheline un an après sa naissance, Marguerite Riecke avait en effet été élevée en Allemagne par sa grand-mère, loin de son père, négociant prospère définitivement établi à Paris, alors que ses ancêtres de la dynastie de la quincaillerie ne consentaient que transitoirement à se faire parisiens, revenant tôt ou tard se ressourcer inéluctablement en Allemagne, à Remscheid (Rhénanie-du-Nord-Westphalie).
Marguerite et Charles ne parlèrent jamais à leur progéniture la langue maternelle qu'ils avaient en commun. Henri, leur second fils et mon père, avait rapporté de sa captivité en 1940 dans un Oflag en Allemagne quelques mots qu'il adorait utiliser, surtout avec ses chevaux, censés comprendre l'allemand, comme "Komm" (viens). Lui qui avait voulu avoir des pouliches de sa chère jument Dame n'eut que des poulains, Nocedor le magnifique (baptisé ainsi car il naquit l'année des noces d'or des mes grands-parents André) et, deux ans plus tard, l'intrépide Passe-Partout (dit PP, qui dût son nom au film "le tour du monde en 80 jours", sorti en France en 1957). En contrepartie mon père souhaitait des fils mais n'eut que trois filles, pas commodes à manier de l'avis général. Aussi, à défaut de se confronter à de petits mâles, se plaisait-il à rétorquer aux demandes féminines le très convenant "Morgen früh" (demain matin) qu'on répondait aux prisonniers de guerre quand ils demandaient quelque chose qui naturellement n'arrivait jamais.
Marguerite, que nous appelions "Grand-Maman", parlait français avec des intonations dures qui évoquaient légèrement l'allemand. Bien qu'elle sût que je l'apprenais au lycée, jamais elle ne s'adressa à moi dans cette langue. Un soir, au moment de quitter l'appartement de la rue Stevens où nous avions dîné, et alors que mon grand-père se tenait dans l'entrée, petit mais toujours très droit physiquement et aussi éthiquement, mue par une impulsion soudaine je lançai à cet homme si pénétré de l'intraduisible Sehnsucht (sorte d'aspiration mélancolique) "ich weiss nicht was soll es bedeuten dass ich so traurig bin. Ein Märchen aus uralten Zeiten, das kommt mir nicht aus dem Sinn.." et, ô émotion de l'échange immanent, je l'entendis continuer "Die Luft is kühl und es dunkelt und ruhig fliesst der Rhein ; Der Gipfel des Berges funkelt, im Abendsonnenschein"....*
* Heine - die Lorelei. Je ne sais pas ce que doit signifier que je sois si triste ; Un conte d'autrefois me trotte dans la tête. L'air est frais et la nuit tombe, et le Rhin coule tranquillement ; le sommet de la montagne scintille dans la lumière du soleil couchant.
L'importance des Coupienne pour Mülheim an der Ruhr
L'immigrant belge Jean-Baptiste Coupienne occupe une place de choix tant dans la littérature que dans l'histoire de la ville de Mülheim en tant que "père de l'industrie du cuir". Dans sa thèse de doctorat sur le développement de la fabrication du cuir à Mülheim an der Ruhr, parue en 1937, Erich Meyer explique que grâce à lui et à ses descendants, qui ont marqué l'industrie du cuir au XIXe siècle, un "trait entièrement nouveau" est apparu dans cette industrie. En effet, c'est précisément la tannerie de Heinrich Coupienne, agrandie à plusieurs reprises et orientée très tôt vers la fabrication à grande échelle, qui a exercé une certaine fonction de modèle pour la création de nombreuses usines de cuir durant la phase de haute industrialisation.
Jean Baptiste Coupienne et ses descendants ont ainsi créé les conditions pour que Mülheim an der Ruhr devienne la ville avec la plus grande industrie du cuir de tout l'Empire allemand jusqu'au milieu des années 1920, avant de perdre de l'importance par rapport à d'autres sites de production comme Offenbach. La manière dont Jean-Baptiste Coupienne a réformé l'industrie du cuir de Mülheim après la création de sa tannerie de peaux pour semelles reste cependant obscure.
Il est très probable qu'il ait pu donner des impulsions importantes à l'industrie du cuir de Mülheim. Ses origines huguenotes plaident également en ce sens : au XVIIe siècle déjà, de nombreuses tanneries françaises étaient aux mains des "réformés", avant que la révocation de l'édit de Nantes en 1685 ne provoque le départ de nombreux artisans ingénieux et opiniâtres. En Brandebourg-Prusse, 42 tanneries et magasins de cuir exploités par des huguenots ont été recensés vers 1700, dont 18 à Berlin (avant l'arrivée des réfugiés religieux, un seul tanneur se serait installé à Berlin).
Au XIXe siècle, la famille Coupienne s'intègre très rapidement dans la vie politique, sociale et économique de Mülheim. Cela se voit non seulement au nombre et à l'importance des fonctions (honorifiques) et des affiliations exercées, mais aussi au comportement matrimonial planifié, typique de l'époque bourgeoise. Cette famille d'entrepreneurs est un exemple parfait du degré élevé de tradition familiale et intergénérationnelle. Plus que dans tout autre artisanat, la transmission du métier du cuir et de l'entreprise y fut remarquable.












