17.3.25

De la découpe auvergnate aux sciences dures universitaires - Les Neyreneuf


Ce document a été trouvé parmi les papiers de Vincent Neyreneuf par Élisabeth, qui l'a édité sans pouvoir dater exactement les recherches de son frère. Vincent (qu'on appellera "le Jeune" s'il est utile de le distinguer de son grand-père) y évoque sa sexagénarité, il pourrait l'avoir entrepris dans les années 1975/80. Élisabeth remarque que, "pour mettre cet écrit à jour, il faudrait ajouter que si Vincent Neyreneuf ("l'Ancien") et Marie Pierre ont eu six enfants, seul Jean ("mort pour la France") a, par le truchement de son fils Henri, maintenu la survivance du patronyme, sinon de la descendance."  Vrai, mais nous vivons dans un système patrilinéaire et du fait du pures conventions familiales qui se fondent sur un nom transmis de père en fils, nous nous sentons reliés au passé par ce nom et avons tendance à absorber les lignées matrilinéaires sinon à les négliger, voire les oublier comme si elles étaient secondaires. Quid des Hugon, des Bruhat, des Boyer, des Faugère, des Cléramboust et des Pierre, excepté Isidore dont nous tirons vanité du brillant savoir et dont une rue de Caen mentionne laconiquement qu'il était chimiste ?

NdlR en italiques.

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Essai historique sur la famille Neyreneuf 

Vincent Neyreneuf


Les tableaux généalogiques que j'ai diffusés jusqu'ici sur la famille Neyreneuf ont été établis avec une certaine rigueur et sont basés sur des documents authentiques. Mais ce qui suit est loin d'offrir le même caractère, tant est incomplète la documentation que je possède sur le sujet de cet essai. Et ce travail de reconstitution a surtout consisté, après avoir recueilli méthodiquement les éléments de cette documentation, à imaginer les événements les moins improbables, cadrant avec l'ensemble des renseignements recueillis.
Ce n'est qu'une première mouture et je n'ai aucunement l'intention d'arrêter là mes recherches au moment où le temps que je peux y consacrer va s'augmenter substantiellement. Mais alors pourquoi donner une version mal étayée et que des renseignements nouveaux vont sans doute bouleverser ? Eh bien, on ne sait jamais. Ma vieille carcasse sexagénaire commence à grincer ; ou bien encore ma voiture peut éprouver un jour l'envie d'étreindre un platane.
Quitte à vous demander dans quelques années de mettre cet essai au panier avec tout le mépris qu'il mérite, je préfère vous mettre dès maintenant au courant des faits découverts que vous dégageriez sans peine - j'en aurai le souci - de tout ce qui est hypothèse et extrapolation dans cet exposé.


Chapitre 1 - La préhistoire

Non, je n'ai pas la prétention de vous faire remonter à l'époque pré-celtique, ni même aux temps carolingiens. Le terme de préhistoire doit être pris dans le sens que lui donnent les historiens, à savoir la reconstitution de ce qui s'est passé avant les premiers textes écrits.
Or le texte le plus ancien que j'ai pu connaître jusqu'ici où il soit question de notre famille est daté de 1686. La préhistoire de la famille a donc, jusqu'à plus ample informé, duré jusqu'à la fin du 17ème siècle.
Les éléments dont on dispose pour se faire une idée des origines et de l'évolution de la famille avant 1700 sont essentiellement le patronyme et les lieux de résidence.

Le patronyme

Pour en faire l'analyse j'ai choisi la théorie que l'on pourrait appeler "théorie de la finale altérée", bien qu'elle puisse paraitre peu convaincante à priori. Elle consiste à considérer que le dernier phonème du nom a été remplacé par un phonème spécifique d'un certain milieu, correspondant à une certaine mode, à une certaine époque. Si vous voulez un exemple, en argot de Belleville on traduira la phrase "J'ai été de Pantin à Ménilmont pour lui serrer la main (la palette) " par "J'ai été de Pantruche à Ménilmuche pour lui serrer la paluche".

Les raisons d'opter pour cette théorie sont les suivantes :

1) Elle est soutenue par certains des meilleurs spécialistes de l'onomastique.

2) Plusieurs patronymes Brivadois se terminent par le phonème "euf". Les familles Romeuf; Barthomeuf, Mordedeuf tiennent une bonne place à Brioude au 18ème siècle. De plus on connait une famille Mordedieu en 1450 dans une paroisse des environs de Brioude qui parait être la souche de ces Mordedeuf.

3) En d'autres lieux on retrouve les mêmes tendances mais avec une désinence différente. Ainsi les Cleramboust, qui forment la famille maternelle de notre dernier ancêtre Brivadois, sont originaires de St Germain en Laye. Si vous consultez les registres de cette paroisse au 18ème siècle vous serez certainement frappés de la fréquence des patronymes terminés par le phonème «oust». Davoust, Ragoust, Fayoust, Huroust; et vous noterez à côté de la famille Cleramboust l'existence d'une famille Clerambour.

Si ce point est acquis, l'analyse du patronyme est simple :
a) Au début du nom le radical NEYRE est, ce n'est guère contestable, la forme occitane de "noir"
b) En fin de nom le suffixe "euf", suffixe non significatif, est un suffixe de substitution caractéristique d'une certaine région - l'Auvergne - et on peut approximativement dater l'apparition, d'après le cas Mordedieu/Mordedeuf, au XVIème siècle.
c) Au milieu une lettre N, initiale d'un mot dont le reste est perdu. Essayer de lui donner un sens c'est vouloir répondre à la question "Qu'est ce qui peut être noir, peut donner naissance à un patronyme et commence par la lettre N ?" Pour moi c'est une question à plus de 80 francs et je ne me hasarderai pas à en proposer une réponse.


Le hameau Neyreneuf


Le ruisseau du Nerneuf (les cours d'eau sont désignés ainsi dans cette région), 5km.



Situé dans la commune de Doranges ; département du Puy de Dôme, à la frontière de la Haute Loire, c'est un hameau de montagne distant de moins de 2 km de la ligne de partage des eaux, entre la Loire et l'Allier. Il est probable que ce hameau constitue, non pas le berceau mais une étape importante de la migration de la famille. Les raisons qui m'ont amené à cette conviction sont les suivantes :

a) S'il est vrai que l'orthographe de ce lieu dit ne restitue que phonétiquement la prononciation du patronyme, il n'y a pas lieu d'y attacher une grande importance quand on connait la désinvolture avec laquelle les auteurs de la carte d'état major, ces grands saboteurs de la toponymie française, rédigeaient les nom de lieux. Entre autres exemples, n'ai-je pas vu, en comparant une carte de Lorraine avec la carte allemande correspondante, que le bourg de Biebisch était en 1871 devenu Bibiche.

b) Qui plus est la preuve existe d'une telle altération orthographique: dans un acte de 1734 des registres de la paroisse de Saint Just, près de Brioude, et d'ailleurs sans rapport avec la famille, il est question d'un individu originaire du village de "Nayreneuf, paroisse d'Orange et diocèse de Clermont". Ces précisions géographiques montrent indiscutablement qu'il s'agit bien du même endroit. L'orthographe n'est pas rigoureusement la même que celle de notre patronyme mais il s'en faut de très peu et les rédacteurs de ces actes ne sont pas eux non plus à l'abri de tout soupçon.

c) Ce dernier acte montre également la facilité de la route entre Nerneuf et Brioude. L'examen de la carte le confirme. La portion des monts du Velay qui sépare dans cette région les bassins de la Loire et de l'Allier est de médiocre hauteur et culmine à 1100m, environ. De plus nous savons que Nerneuf est à peu de distance de la crête. Enfin, pour aller de Nerneuf à Lamothe, qui fut, nous le verrons, une étape importante de la migration familiale, il n'y a pas 17 km à vol d'oiseau et il n'y a que deux paroisses à traverser : Laval sur Doulon que je n'ai pas exploré et Chamat où vivaient encore des Neyreneuf au 18ème siècle.

À quelques kilomètres au nord de Nerneuf existe un autre hameau appelé sur la carte d'état major, Le Mas Berneuf. C'est peut-être le point de fixation d'une autre branche du clan dont le nom a subi une déformation supplémentaire. On peut rejeter cet indice, j'en conviens, mais s'il est admis il renforce singulièrement, grâce à la présence du mot "mas", la théorie d'une origine occitane de la famille que l'analyse du patronyme avait déjà montrée.

L'interprétation des documents écrits du 18ème siècle permet des déductions certaines couvrant une bonne partie du 17ème siècle, surtout en ce qui concerne l'installation de la famille dans le Brivadois.
Enfin, avant de brosser une chronique quelque peu aventurée de la famille Neyreneuf au Moyen Age et au début des temps modernes, il me reste à exposer quelques considérations qui permettront une meilleure datation des faits importants:

a) C'est vers le 10ème ou le 11ème siècle que l'usage du nom patronyme s'est répandu. Auparavant les individus ne portaient qu'un seul nom. Notre patronyme ayant été formé en langue occitane, c'est donc postérieurement au 11/12ème siècle que nos ancêtres ont émigré dans le bassin de la Loire, pays de langue d'Oil.

b) En général le patronyme vient du toponyme; les noms de personne sont souvent des noms de lieu. Le hameau Nerneuf échappe à cette règle. En effet l'altération de la désinence du nom originel est spécifique des noms de personne et n'affecte pas les noms de lieu. C'est donc au 16ème siècle une fois cette altération opérée, que les Neyreneuf ont fondé le hameau et lui ont donné son nom.

Que conclure de ces maigres indices ? Rien de bien assuré. Je vous propose néanmoins la chronologie suivante tout en restant conscient de la fragilité des hypothèses sur lesquelles elle est bâtie.

Avant le 11ème siècle, nos ancêtres qui n'ont pas de patronyme vivent dans un pays de langue d'Oc (vallée du Rhône ou Gévaudan). Le nom de Neyren (?) se forme.
Du 12ème au 13ème siècle : pour une raison difficile à préciser, mais sur laquelle les hypothèses vraisemblables sont nombreuses, un rameau de ce clan franchit la montagne et s'établit dans la haute vallée de la Loire.
Vers 1500, sous des influences sociales obscures, le nom primitif s'altère et se fixe dans son orthographe actuelle.
Vers 1550, un rameau des Neyreneuf se fixe dans les monts du Velay et fondent le hameau du même nom.
Vers 1600, un rameau, ou plusieurs, de cette famille franchit les monts du Velay et colonisent la paroisse de Lamothe.
Dès 1630/50, des habitants de Brioude viennent chercher femme à Lamothe. En suivant ce mouvement des cadets des familles Neyreneuf de Lamothe viennent chercher un gagne-pain à la ville et s'installent à Brioude.



Chapitre II - La famille Neyreneuf à l'aube du 18ème siècle

Peut-être est-il bon de rappeler quelques points d'histoire locale. La ville de Brioude n'est pas une commune de plein exercice jouissant de quelque autonomie avec quelques terroirs autour d'elle, elle constitue un fief et son suzerain est ecclésiastique. Le suzerain, c'est le "chapitre noble de Saint Julien de Brioude", un collège ecclésiastique de nobles Brivadois, appelés "chanoines-comtes", responsable de la vie de Brioude, de son comté et des alentours*. 

Ces cadets de familles nobles, entrés dans les ordres et grassement nantis de bénéfices, mènent joyeuse vie et exercent leurs droits de Haute Justice surtout pour défendre leurs privilèges. La ville est d'importance médiocre et le touriste n'y trouvera d'ailleurs à visiter qu'une église, la basilique Saint Julien (soldat romain martyr vers 304, son tombeau est dans la ville, lieu donc de pèlerinage).  


Pourtant la ville a été divisée jusqu'en sept paroisses et en 1700 il en subsistait encore quatre. L'explication de cette anomalie se trouve dans le droit féodal et le droit canon du Moyen Age. Pour jouir des droits et privilèges attachés à l'état de suzerain ecclésiastique, il fallait justifier de sept paroisses dans sa mouvance. Les chanoines-comtes avaient résolu la difficulté par un morcellement artificiel de leur fief.

*Ndlr - Bérenger dit « le Sage » comte de Toulouse, cède ses titres et privilèges au chapitre de Brioude, qui va alors gagner en importance aux niveaux territorial, financier et militaire, devenant ainsi l'un des plus fameux chapitres du royaume de France. La Révolution française disperse cette assemblée religieuse, et le Concordat de 1801 y porte le coup de grâce.

Soit dit en passant, ce morcellement de paroisses qui dura jusqu'à la Révolution de 1789 a l'heureux résultat de permettre de déceler les moindres changements de résidence intra-muros, tant étaient exigus les territoires de chaque paroisse.

Revenons à nos moutons ou plutôt à nos éleveurs de moutons, car nos ancêtres de Nerneuf et de Lamothe, en paysans montagnards, tiraient probablement de cette activité le plus clair de leurs ressources.
A part quelques femmes isolées éparses, ayant suivi leurs maris ou entrées au couvent, on distingue en 1700 trois groupes de Neyreneuf, probablement apparentés à l'intérieur de chaque groupe comme en témoigne le choix des parrainages d'enfants et, en revanche, à première vue indépendants les uns des autres.

a) Le groupe de Lamothe
Il comporte plusieurs familles dont les liens de parenté réciproques ne me sont pas connus. Les Neyreneuf ont des exploitations agricoles dans la plupart des écarts à Viale, à La Rochelle, à Pressac. Ils sont représentés également au bourg. C'est l'époque de la grande extension de la famille dans cette paroisse.

b) Le groupe de la paroisse St Jean de Brioude
Il comporte au moins quatre personnes, probablement frères et soeurs. Le mieux connu est Claude dont nous reparlerons.

c) Le groupe de la paroisse St Pierre de Brioude
Il semble plus restreint. De même que dans le groupe St Jean, ils sont probablement frères et soeurs mais ceci n'est pas établi avec certitude. Les mieux connus de ce groupe sont Gabrielle (1677-1727) et André, notre ancêtre.



Chapitre III - La famille André Neyreneuf au cours du 18ème siècle

Quelle est l'organisation sociale de Brioude à cette époque ?
Pas de représentant de la noblesse dans cette ville sous suzeraineté ecclésiastique. Le clergé vit à part. La classe bourgeoise est une juxtaposition de petites entreprises artisanales et familiales où les fils, les gendres, voire les neveux, travaillent sous la direction du chef de famille. Ces familles jouissent de plus ou moins de considération selon leur opulence et non par la profession exercée. "Les Neyreneuf étaient de petites gens", m'a-t-on dit parfois en apprenant leur profession. Ne nous hâtons pas d'en juger. Ainsi, notre ancêtre Marie Bagues avait droit à l'appellation de "très honneste fille", signe certain d'une grande considération. Et pourtant son père était boulanger.

D'où vient cet André notre ancêtre, je ne le sais. Est-il né à Lamothe ou à Brioude? Mystère.
J'inclinerais cependant pour l'hypothèse d'une naissance à Lamothe car on ne lui trouve pas de traces de frère ou soeur établi à Brioude. Considérons le comme un cadet d'une famille de Lamothe venu chercher fortune à Brioude.

Il est né vers 1675, épouse vers 1699 Marie Hugon d'une famille de marchands bouchers et entre dans l'entreprise familiale de ses beaux-parents.
André Neyreneuf et Marie Hugon ont eu quatre enfants dont deux seulement parviennent à l'âge adulte : Marguerite née en 1702 et Guillaume né en 1706. André meurt vers 1717 et Marie sa femme en 1722.

Leur fille Marguerite épouse vers 1723 Jean Jouveuroux, chapelier dans la même paroisse. Guillaume a alors 17 ans. Il est embauché par son beau-frère et le voilà chapelier.

Que devient la boucherie paternelle ? Peut-être reste-t-elle à la famille Hugon ? Peut-être passe-t-elle à une autre branche Neyreneuf? Il est troublant en effet de constater que Claude Neyreneuf qui habitait la paroisse St Jean, où il a eu ses premiers enfants, devient boucher et s'installe dans la paroisse St Pierre au début de l'an 1718; ses autres enfants vont naître dans cette nouvelle paroisse. Coïncidence peut-être mais l'hypothèse selon laquelle Claude - sinon un frère tout au moins un cousin germain d'André - aurait pris sa succession, n'est pas invraisemblable.
Marguerite Neyreneuf et Jean Juvenroux ont eu sept enfants, entre 1727 et 1744. Je ne vous en parlerai plus n'ayant pas eu le loisir de rechercher ce qu'était devenue cette famille.

  • André NEYRENEUF (1675-ca 1717), boucher, marié vers 1699 avec Marie HUGON (ca 1677-1722) dont
    • Marguerite NEYRENEUF 1702-1768
    • Marie NEYRENEUF 1704-
    • Guillaume NEYRENEUF 1706-ca 1752
    • Marguerite NEYRENEUF 1709-
Guillaume Neyreneuf épouse à 38 ans, en 1744, Jeanne Bruhat, fille d'un laboureur d'Agnat. De cette union naissent deux garçons: François en 1744 et Jean en 1745. Guillaume meurt vers 1750 laissant Jeanne, veuve n'ayant pas atteint la quarantaine, et deux garçons d'environ 6 ans. Jeanne se remarie avec Julien Dansard, boucher de profession ce qui déterminera Jean Neyreneuf à devenir boucher comme son grand père bien qu'il s'établisse - je ne sais pourquoi - dans une autre paroisse. De François Neyreneuf, je n'ai pas trouvé trace. Peut-être est-il mort enfant ? Comme le troisième fils, Julien ? 

  • Guillaume NEYRENEUF (1706-1752), chapelier, marié le 21 janvier 1744, à Brioude, avec Jeanne BRUHAT (1713-ca 1785) dont :
    • François NEYRENEUF 1744-
    • Jean NEYRENEUF 1745-1827
    • Julien NEYRENEUF 1752
Jean Neyreneuf épouse en 1772 Elisabeth Boyer, fille de Jean Boyer, charpentier, née en 1746. De cette union naissent six enfants : trois garçons Julien, Claude et François, et trois filles, Jeanne, Marie et Jeanne.

Ne vous étonnez pas de voir deux soeurs porter le même nom. Le cas est fréquent : les enfants à leur baptême, à cette époque et dans ce pays, ne reçoivent qu'un seul prénom qui est celui du parrain pour les garçons, de la marraine pour les filles. Cette règle est très strictement suivie. Très souvent d'ailleurs dans les familles nombreuses, les ainés sont parrain ou marraine des plus jeunes; ce qui serait donc anormal finalement, c'est que les enfants portent tous un nom différent.

De Julien, je n'ai pas non plus retrouvé de trace; Claude meurt en bas âge. C'est donc 4 enfants, trois filles et un garçon, dont les âges s'étalent de 16 à 8 ans qui avec leurs parents représenteront la partie connue de la famille quand éclatera la révolution de 1789.

  • Jean NEYRENEUF (1745-1827), boucher, marié le 30 avril 1772, à Brioude Saint Jean, avec Elisabeth BOYER (1746-1822) dont
    • Jeanne NEYRENEUF 1773-1850
    • Julien NEYRENEUF 1773-1796
    • Claude NEYRENEUF 1776-1776
    • François NEYRENEUF 1777-1852
    • Jeanne NEYRENEUF 1781


Chapitre IV - L'évolution des branches homonymes

Ces Neyreneuf de Lamothe et ces Neyreneuf primitivement établis dans la paroisse St Jean, je ne les ai pas suivis dans le détail. Leurs parenté avec nous est très probable mais elle n'est pas définie et elle est assez lointaine. C'est plutôt dans l'intention d'étudier la survivance du nom qui, dans la famille André Neyreneuf n'a tenu et ne tient encore en 1789 que par un fil, que je me suis attaché à les suivre.
Le groupe St Jean n'offre guère d'intérêt à ce point de vue et il semble que le nom s'y éteigne rapidement bien que Claude ait eu quatre garçons.

En ce qui concerne le groupe Lamothe, il apparait que l'âge d'or, l'ère de la grande expansion est déjà terminée avant 1750 et cela pour trois raisons:

a) les établissements des fils Neyreneuf restés ruraux se font quelquefois dans les communes voisines de Lamothe (Chamat, Fontannes) Si le groupe est encore important, il s'éparpille.

b) Le pourcentage de naissances de fille est plus élevé que la normale.

c) Et surtout l'exode rural continue. Ce que peut-être André et Claude avaient fait à la fin du 17ème siècle, d'autres le feront au 18ème et viendront fonder une famille à Brioude. Les filles restent au pays, la plupart des garçons vont à la ville. Il y a donc au 18ème siècle en ce qui concerne les porteurs du nom, affaiblissement à Lamothe et augmentation à Brioude où vers 1775 existaient quatre familles Neyreneuf bien distinctes si l'on y comprend la famille André Neyreneuf.

Mais si au 18ème siècle, en ce qui concerne les porteurs du nom, on peut parler d'une maintenance de l'effectif global, le début du 19ème siècle verra une décadence rapide : le nom s'éteint à Lamothe en 1822. Les nouvelles familles Neyreneuf de Brioude ont peu d'héritiers mâles et le nom s'éteint pour ces familles au cours du 19ème siècle. Peut-être subsiste-t-il plus longtemps à Fontannes, je ne saurais dire. Il semble donc qu'à la veille de la révolution de 1789, seul un garçonnet de 12 ans, François Neyreneuf, soit appelé à le maintenir.


Chapitre V - La famille NEYRENEUF au 19ème siècle

La Révolution de 1789 éclate. Le chapitre des chanoines-comtes est balayé. Et Jean Neyreneuf n'est pas le dernier à figurer dans les comités qui élaborent la nouvelle constitution municipale. 

Ses quatre enfants grandissent : 

Jeanne, l'aînée née en 1773, épouse en 1799 Guillaume Courghéon, né en 1759, qui habite Brassac les Mines et exerce la profession de " voiturier par eau ". Sa principale activité doit être d'acheminer sur sa péniche le charbon des mines vers les localités riveraines de l'Allier.

François (1777-1852), boucher dans l'entreprise familiale, épouse en 1809 Julienne Marie Anne Faugère (1791-1864), fille d'un boulanger de l'ancienne paroisse St Préjet. On sait peu de choses de ce personnage mais de nombreux indices font penser que sous son patriarcat la famille parvint à un niveau de prospérité très honorable.



Marie (1780-1828) épouse en 1814 Antoine Lhéritier, boulanger (1784-1826). 

Jeanne (1781-1859) épouse en 1804 Jean Bonnefoi (1778-1853), qui est chaudronnier. Vers 1806 il est enrôlé dans les armées napoléoniennes et ne revient qu'après la retraite de Russie, et encore pas tout à fait entier. En tant que glorieux invalide il obtient un emploi réservé et termine sa vie comme concierge de la maison d'arrêts de Brioude.

Cette première génération post-révolutionnaire a donc peu évolué au point de vue socio-professionnel. Toutefois les portes de la ville où les Neyreneuf étaient enfermés s'entrouvrent, mais s'entrouvrent seulement car Brassac n'est guère qu'à une quinzaine de kilomètres de Brioude et Jean Bonnefoi, après avoir été jusqu'à Moscou, est revenu au pays.


La deuxième génération

La descendance de Jeanne Neyreneuf et de Guillaume Courghéon ne m'est pas connue. Les faire-part de décès de la famille, à la fin du 19ème siècle, font néanmoins état d'une veuve Roussel et de ses enfants qui en constituent certainement une branche, sinon la seule. Ces Roussel restent en relation avec les trois autres branches de la famille, tout en apparaissant tant soit peu comme des cousins indésirables.

François Neyreneuf et Marie Faugère ont eu trois fils :

  • François NEYRENEUF (1777-1852), boucher, marié le 28 juin 1809, à Brioude,  avec Julienne Marie Anne FAUGÈRE (1791-1864) dont
    • Jean NEYRENEUF 1811-1885
    • Marguerite NEYRENEUF †1890
    • Julien NEYRENEUF 1814-1845
    • Jean NEYRENEUF 1815-1876
    • Marie NEYRENEUF 1842-
Jean, l'aîné, naît en 1811. La famille est à l'aise, Jean va à l'Université de Clermont. Il en revient comme professeur de rhétorique au collège de Brioude. Il épouse en 1835 Madeleine Cléramboust, fille d'un géomètre de la ville, et il ne tarde pas à être nommé régent (ou principal) du collège. Mais, vers 1850, est élue à Brioude une municipalité ultracléricale qui considère que l'enseignement doit être le monopole du clergé. Au même moment une mésaventure va desservir le couple Neyreneuf-Cléramboust. Madame trouve que monsieur visite bien souvent et peut-être même de nuit les lingères du collège. Elle lui applique la loi du talion au profit du professeur de philosophie, un certain Bartolet. Toute la ville est au courant, tant les époux infidèles s'appliquent à faire arbitrer leur différent par leurs relations. Les élèves du collège ne se privent pas d'appeler Bartolette la dernière fille du couple. C'est le scandale et le maire en prend prétexte pour mettre à pied Jean Neyreneuf ainsi que tous ses collaborateurs. En fin de compte, le collège demeurera fermé pendant neuf années.

Sur les débuts chaotiques de l'école républicaine en Haute-Loire. De l'ancien sujet soumis à Dieu et au roi, il faut faire un citoyen libre et éclairé. 80% de la population rurale est illettrée et la langue locale n'est pas le français, mais un dialecte franco-provençal.

Je n'ai pas pu retrouver ce que Jean Neyreneuf est devenu* pendant ce temps, ni même s'il a repris son poste à la fin du mandat de la municipalité. Toujours est-il qu'il n'a pas l'air d'être dans la gêne: bien qu'il ait dû vers 1858 acheter un suppléant** pour son fils François qui a tiré un mauvais numéro à la conscription, il pourra acheter quelques années plus tard une partie du château de Lamothe.

*Ndlr - Il fut muté à Gap.

daté d'août 1853

**Ndlr -  Selon la politique de conscription militaire en France au XIXè, les noms de ceux qui devaient faire leur service militaire faisaient l'objet d'un tirage au sort organisé publiquement par les autorités. Toutefois, parmi les citoyens issus de familles aisées ou notables, certains choisis par le tirage au sort préféraient gérer leurs affaires et payer quelqu'un d'autre pour servir à leur place. Ce système de remplacement a été aboli par la loi Berteaux du 21 mars 1905 instaurant le "service militaire universel".

Julien, le deuxième fils, est né en 1814. Sa trace se perd un moment car je ne sais où il épouse Marguerite Merle*. En 1840, son père, François, a 63 ans. Il rappelle son fils pour prendre la direction de la boucherie ancestrale. Pas pour longtemps car un "laid" jour de 1845 on retrouve son corps dans l'Allier. C'en est fait de la dynastie des Neyreneuf bouchers, elle a duré trois générations et presque un siècle.

*Ndlr - Marié le 5 août 1840, Villeneuve d'Allier, Haute Loire, avec Marguerite MERLE 1821-1901 dont François 1841-1841, Marie 1842-1911 et Marguerite 1844-1845.


Qu'est devenue alors cette entreprise ancestrale ? Trois hypothèses peuvent être avancées :
a) Elle pourrait avoir été reprise après un intérim obscur par Pierre Veyrière, arrière petit-fils de Jean Neyreneuf qui en 1866 exerçait en effet la profession de boucher.
b) Elle pourrait avoir été vendue à une personne étrangère à la famille après la mort de François Neyreneuf en 1852. Cette hypothèse expliquerait l'aisance de fortune des deux frères survivants.
c) La maison pourrait avoir été démolie entrainant la disparition du fonds de commerce. Cette boucherie siégeait en effet au 43 de la rue du Paradis. C'est une rue en U qui prend naissance et aboutit à la même grande artère de la ville. Une numérotation nouvelle, d'ailleurs déconcertante, en émaillé blanc sur fond bleu, a remplacé la numérotation ancienne. Heureusement quelques plaques d'enduit manquantes permettent de retrouver sur les maisons voisines des traces d'anciens numéros peints en noir, et en particulier le 41 et le 45. Entre ces deux maisons s'élève une maison sans caractère qui porte actuellement le numéro 8. Si on la compare à la maison qui portait le numéro 45, dont le cachet et la vétusté en signent l'ancienneté, on a la certitude que le 43 devenu le 8 a été reconstruit relativement récemment.

Le troisième fils, Jean né en 1815, va aussi à l'université mais ne semble pas y avoir mené à bien quoi que ce soit car il finira ses jours en fruit sec et vieux garçon en 1876.

Revenons aux soeurs de François Neyreneuf : Marie et son mari Antoine Lhéritier ont eu six enfants dont seul Jean, né en 1821, atteindra l'âge adulte. Il débute comme employé des postes à Clermont Ferrand mais revient à Brioude épouser en 1852 Marie Anne Garauty, née en 1830.

De leur côté Jeanne et Jean Bonnefoi ont eu quatre enfants : Jean, l'aîné, est né en 1806, juste avant le départ en campagne napoléonienne de son père. Il épouse vers 1836 à Sainte Florine, Eugénie Peyronon et devient boucher dans cette commune.

Des autres enfants, nés après le retour du père, Jean et François entrent tous les deux dans les ordres, respectivement en 1815 et en 1818. L'un d'eux sera économe du petit séminaire de la Chartreuse. Leur soeur Elisabeth (1818-1901) épouse en 1843 Jean Veyrière (1811-1860) qui est né à Vieille Brioude et serait soi-disant musicien. C'est lui qui succèdera à son beau-père à la porterie de la prison de Brioude.

En conclusion, cette deuxième génération offre deux caractéristiques :
a) elle reste au pays tout en s'aventurant jusqu'à la grande ville (Clermont Ferrand) mais pour revenir bien vite à la terre natale.
b) En revanche une évolution certaine s'amorce sur le plan professionnel. Si certains adoptent la profession de leur père ou de leur grand père pour maintenir l'entreprise familiale, le plus grand nombre abandonne l'artisanat ancestral et s'oriente vers les professions "à col blanc". Est-ce une ascension ? Je ne le pense pas. L'instruction devient plus accessible, des professions nouvelles apparaissent, d'autres se développent et augmentent leurs effectifs. Ce n'est pas, à mon avis, la famille qui monte dans la hiérarchie sociale; c'est toute la classe moyenne qui évolue pour s'adapter aux nouvelles conditions d'existence.


Chapitre VI - Le château de Lamothe

Des monts du Velay, un éperon rocheux s'avance vers l'est et s'arrête à deux kilomètres du cours de l'Allier, face à Brioude. On conçoit facilement qu'un château féodal ait été construit sur ce site adossé à la montagne d'accès abrupt sur trois côtés et jouissant d'un panorama immense embrassant jusqu'à la chaîne des Puys à l'ouest et des monts de la Margeride au sud.


Résidence de la famille des comtes Barentin de Montchal, sous l'Ancien régime, ce château avait été vendu comme bien d'émigré. Pendant 70 ans il passa si souvent de main en main que les notaires, pourtant fort à cheval sur ce point au siècle dernier, avaient vite renoncé à expliciter sur les actes de cession les origines complètes de propriété.

Quoiqu'il en soit, une partie fut mise en vente en 1862 et Jean Neyreneuf l'acheta. Pour 7.000 francs. Par la suite et par deux fois, quelques années plus tard, au hasard des ventes il put agrandir sa "maison de campagne dite château de Lamothe", comme elle est désignée par la gent notariale avec une pointe de mépris qui ne me parait pas justifiée.
Pendant 20 à 25 ans, Jean Neyreneuf et son épouse jouiront de cette résidence secondaire, y réunissant l'été petits enfants et petits neveux et y exploitant leur verger et leur potager. Mais Madeleine Cléramboust meurt en 1884 et Jean Neyreneuf en 1885. Leurs héritiers décident de vendre la propriété.
Le rez de chaussée et le terrain sont aussitôt achetés par l'évêché de Saint Flour, désireux de remplacer la vieille église de la paroisse. La maison de campagne deviendra presbytère et sur l'extrême pointe de l'éperon une église tout de noir construite et coupant le paysage, sera inaugurée en 1907.

Et quelque clause de l'acte de cession sera assez généreuse de la part du vendeur pour que la qualité de donateur soit attribuée à la famille comme l'atteste un des vitraux de l'église.
Le reste de la propriété fut acheté par un banquier de Châteauroux qui rêvait d'y vivre une retraite heureuse avec son épouse. Mais il n'y vint jamais, la dite épouse étant décédée peu de temps après cette transaction. Peut-être même n'en paya-t-il jamais le prix comme on a pu le constater bien après en 1899 lors de l'apurement des comptes de succession.


Chapitre VII - La dispersion

Si la première génération de la descendance de Jean Neyreneuf n'avait qu'entrouvert timidement les portes de la ville; si la deuxième génération s'était partiellement adaptée à l'évolution sociale, mais était restée au pays, la troisième génération, celle dont la naissance remonte aux années 1840-1860, va rompre totalement avec ces moeurs et l'habitat des ancêtres.
Ce que la Révolution n'avait pas pu faire en 60 ans, le chemin de fer le fera en 20 ans. (Ne parlons pas des Roussel sur lesquels je ne suis pas renseigné).

Jean Neyreneuf a eu de Madeleine Cléramboust cinq enfants, dont deux moururent en bas âge.


  • Jean NEYRENEUF (1811-1885), régent du collège de Brioude, marié le 6 octobre 1835, à Brioude, avec Madeleine CLÉRAMBOUST (1813-1884) dont
    • Marie NEYRENEUF (1836-1837)
    • François Vincent NEYRENEUF, médecin (1838-1886)
    • Vincent NEYRENEUF, normalien, professeur (1841-1899)
    • Marguerite "Bartolette" ?, (1848-1890)
L'ainé, François  (dit Francisque) (1838-1896), fait médecine. Malgré les prières de son père qui désire le voir revenir à Brioude, il s'installe à Suresnes où il épouse en 1875 Isabelle de Saint Clair* (1849-1890),  Leur fille Madeleine** fait voeux de célibat et décède vers 1948 dans sa communauté.

*Ndlr - la jolie dame du tableau qui était dans le salon de la rue des Cévennes et maintenant domine le Tage à Lisbonne.
**Ndlr - la petite fille en bleu du cadre ovale qui était à Caen entre les deux portes-fenêtres dans la chambre de Mamita et Ton, maintenant à Nice)

Le cadet, Vincent (1841-1899) entre à l'Ecole Normale Supérieure et fait carrière de professeur d'université, d'abord à Caen où il épouse en 1871 Marie Pierre, fille du doyen de la faculté des Sciences (Isidore), puis à Grenoble dont il ne tarde pas à revenir pour finir sa carrière à Caen.

Marguerite (est-elle le fruit adultérin de Madeleine Cléramboust et du professeur de philo ?) (1848-1890) épouse en 1873 André Maschefer (1835-1906), officier d'infanterie qui l'entraîne de garnison en garnison. Quelques années plus tard, après la guerre de 1870-71, André Maschefer quitte l'armée. Il faisait partie de l'Armée Bazaine qui se rendit à Sedan en 1870. Vae victis ! Les officiers d'une armée vaincue dans des conditions peu honorables n'ont pas bonne cote et André Maschefer le constate par la lenteur de son avancement. Le couple vient paisiblement vivre sa retraite à Brioude.

Quant à Julien, frère de Jean, il a eu de Marguerite Merle quatre enfants. L'existence de l'aîné, né avant le retour de Julien à Brioude, n'est attestée à ma connaissance que par la mention sur les faire-part familiaux d'une mystérieuse veuve Neyreneuf, citée à la place réservée à la première nièce de Jean Neyreneuf et Madeleine Cléramboust. "Née Déromemede" (?) fait-elle mentionner sur ces faire-part, d'un air de dire "faut pas me confondre avec ma belle-mère".

Des trois autres enfants, seule une fille, Marie née en 1842, parvient à l'âge adulte. Elle épouse en 1863 Jean Baptiste Léon Redon, né en 1832, pharmacien à Clermont Ferrand. Il trouve en 1874 une situation à la pharmacie centrale et le ménage se fixe à Paris.

Descendance de Marie Neyreneuf, soeur de Jean, et Antoine Lhéritier : leur fils Jean épouse Marie Anne Garauty. Je ne leur connais qu'une fille, Marguerite, née en 1858. Elle épouse vers 1878 Philippe Francisque Gazanion, greffier au Tribunal du Puy.

Descendance de Jeanne Neyreneuf et Jean Bonnefoi : leur fils Jean épouse Eugénie Peyronon. Je ne leur connais qu'un fils, Giraud Guillaume (1838-1921), mais il compte dans la famille. Entré dans les ordres (cela se fait beaucoup dans la famille Bonnefoi. Est-ce l'influence du nom ?), il est successivement vicaire à Lamothe, puis curé à St Ilpize, à St Ferréol et à Champagnac pour terminer chanoine au Puy. D'une obédience très stricte, il a tendance à intervenir dans toutes les affaires de sa famille. Il fera notamment partie du conseil de famille des enfants mineurs de son cousin Vincent Neyreneuf (l'Ancien) en 1899. Sur ses vieux jours il s'occupe d'archéologie et d'histoire et publie quelques monographies sur le Chapitre de Brioude et la basilique St Julien.

Elisabeth Bonnefoi et Jean Veyrière ont eu cinq enfants : Pierre, né en 1844, épouse en 1866 Catherine Virat, née en 1845. Quant à lui, il demeure dans la tradition ancestrale, il est boucher à Brioude. De ses quatre soeurs, Delphine est née en 1845, Elisabeth en 1851, Marie en 1855 et Maria en 1858. Ce sont les demoiselles Veyrière, une maisonnée de vieilles filles dont je vous laisse le soin d'imaginer l'existence.

Ainsi bien avant la fin du siècle, Brioude est vidée en quelques années des descendants de Jean Neyreneuf : François est à Suresnes, Vincent à Caen, les Redon à Paris, les Gazanion sont au Puy ainsi que l'abbé Bonnefoi. Plus de Lamothe pour réunir la famille.

Je ne sais ce qu'est devenu Pierre Veyrière. A l'aube du 20ème siècle il ne reste plus que la veuve Veyrière et ses filles qui s'éteindront l'une après l'autre. André Maschefer après dix ans de veuvage et sans descendance ira en 1906 rejoindre ses beaux parents et son épouse dans la tombe qu'il a fait ériger au cimetière de Brioude.

  • Vincent NEYRENEUF (1841-1899), normalien et professeur, marié le 27 juin 1871, à Caen, avec Marie-Amélie Françoise PIERRE (1847-1923) dont
    • Marguerite Jeanne NEYRENEUF 1872-1929
    • Pierre Vincent NEYRENEUF 1874-1950
    • Geneviève Madeleine NEYRENEUF 1876-1908
    • Paule Jeanne Sophie NEYRENEUF 1880-1970
    • Jean Vincent Pierre NEYRENEUF 1883-1914, mort pour la France 
    • André Pierre Jules NEYRENEUF  1885-1950, études de médecine, Ch. Légion Honneur



Vincent est élève de l'École normale supérieure à partir de 1861, il est agrégé de physique en 1869, reçu docteur ès sciences physiques devant la faculté des sciences de Paris en 1875. Après son agrégation, il est nommé dans l'enseignement secondaire. Le 20 octobre 1879, il est chargé du cours de physique à la faculté des sciences de Caen. Il est chargé de cours complémentaires en 1898. Pendant neuf ans, il est délégué au conseil des facultés. Il est apprécié pour « la finesse de son esprit". La mort le fauche à 44 ans.


Épilogue

La suite vous la connaissez aussi bien que moi; ou alors vous l'ignorez comme moi.

Les différents rameaux de la famille se perdent de vue et les retrouvailles de Pierre Neyreneuf, fils de Vincent, et de Paul Gazanion, fils de Marie Lhéritier, à Brest en 1922 se révèlent une exception due au plus grand des hasard.

Alors ces deux siècles d'existence de la famille dans la même ville y a-t-elle laissé quelques traces ou souvenirs?

J'ai rencontré une dame de Brioude qui m'a affirmé sans pouvoir me donner plus de précision se souvenir que sa grand-mère lui avait parlé des Neyreneuf. Un vieillard de 95 ans se rappelle qu'adolescent il écoutait volontiers les galéjades d'André Maschefer racontant (comme c'est vraisemblable!) qu'un boulet de canon lui avait enlevé une jambe au siège de Sébastopol. Ces souvenirs ne tarderont pas à s'éteindre et il ne restera plus, dans quelques années qu'un nom sur un vitrail et trois noms sur une tombe.


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Il reste plus qu'un nom sur un vitrail, il reste cette histoire racontée avec méticulosité et élégance par Vincent le Jeune - fils de Pierre (dont Vincent était le deuxième prénom), lui-même fils de Vincent l'Ancien, frère cadet de François Vincent -, polytechnicien qui s'est fait onomasticien, arpenteur, géologue et sociologue, une sorte de Sherlock Holmes en somme, sur les traces de nos ancêtres.


  • Pierre Vincent NEYRENEUF (1874-1950), ingénieur, marié le 16 mars 1908, à Caen, avec Louise Antoinette Zulma PERROTTE (1882-1969) dont
    • François NEYRENEUF (1909-2000), polytechnicien, PDG Shell/Colas 
    • Geneviève NEYRENEUF (1911-1990), professeur de mathématiques
    • Vincent  NEYRENEUF (1913-1996), polytechnicien, ingénieur 
    • Elisabeth NEYRENEUF (1916-2003), infirmière puéricultrice, assistante sociale

Elisabeth NEYRENEUF (1916-2004), mariée le 13 octobre 1946, Paris, avec Henri Robert ANDRÉ (1912-2003) dont

- Anne ANDRÉ (1947), professeur universitaire, union  avec Francisco CORRÊA-GUEDES dont
  • Vincent CORRÊA-GUEDES
  • Ève  CORRÊA-GUEDES

- Pascale ANDRÉ (1948-2025), historienne


- Laurence  ANDRÉ (1954), médecin psychiatre, union avec Loÿs DESCAMPS dont
  • Lou DESCAMPS
    • Jules DESCAMPS
    • Nefer DESCAMPS
    • Victoire DESCAMPS

Et la dernière Neyreneuf de la descendance de Pierre, fille de François Neyreneuf et Simone Jouard :

  • Claire NEYRENEUF (1949), professeur des écoles, union avec Rafael GUERRERO dont
    • Pierre GUERRERO
    • Amanda GUERRERO
  • Union avec Henri FULTON dont
    • Jacques FULTON

Je vois très distinctement mes oncles et tantes, attablés dans la salle à manger d'Amé, rue Guillaume le Conquérant, pour écouter et commenter les dernières découvertes généalogiques de l'oncle Vincent. La réunion est finie, c'est l'heure du thé et du cake légendaire. L'oncle François se dresse en s'esclaffant avec cette ironie "Neyreneuf" inimitable, et un clin d'oeil à René Perrotte, son grand-père maternel, résolument laïque, républicain et dreyfusard : "on n'a trouvé qu'un boucher, pas de juif qui explique que nous soyons si intelligents !"


Vincent Neyreneuf (le Jeune) est l'auteur discret d'une mélopée, pas mélancolique cependant, dédiée à son épouse dont il moque affectueusement les aventures et engouements jardiniers. Lire ici.